Attentat déjoué contre Denis Mukwege

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Attentat déjoué contre Denis Mukwege

Message  Esther Ko le Dim 15 Mar - 9:05

Attentat déjoué contre Denis Mukwege

Une nouvelle tentative d’attentat a visé le gynécologue congolais spécialisé malgré lui dans la prise en charge des victimes de tortures sexuelles en RDC. La police locale a arrêté les suspects mais le niveau de menace reste sensiblement élevé. « C’est l’entière responsabilité des autorités du Congo d’assurer la sécurité du Dr Mukwege et la continuité des soins à l’hôpital Panzi », a réagi mollement la Commission européenne. En Belgique, silence radio des officiels.
Le climat de danger autour de Denis Mukwege s'est encore appesanti. « Toutes les patientes et le corps médical estiment que  le compte à rebours a commencé », explique Véronique De Keyser au micro de la RTBF (Afrik’Hebdo, à partir de 05:08) dans un entretien passé quasiment inaperçu.
L'ancienne députée européenne PS et docteur en psychologie revient d'une semaine de mission à Panzi, l'hôpital de Bukavu chapeauté par le Dr Mukwege. Durant son séjour, une attaque a été déjouée. Des hommes armés s’étaient introduits dans l’enceinte hospitalière avant que la police ne les arrête. Toutefois, d'autres suspects roderaient.
Ces événements font dire à la mandataire liégeoise que « ces dernières semaines, l’étau se referme sur le Docteur Mukwege. Les menaces d'attentat se précisent. La terreur s’installe », note-t-elle, effarée, sur son site web. « Nombreux sont ceux qui conseillent à Denis Mukwege de s’expatrier, comme il avait dû le faire après l’attentat en 2012 qui avait coûté la vie à son garde du corps. Le problème de l’exil n’est pas celui d’un aveu d’échec mais c’est abandonner Panzi, ses femmes et ses enfants. »
Le directeur médical vit ainsi reclus dans son hôpital, sous protection rapprochée. Cette situation se veut d'autant plus inquiétante que le personnel soignant observe depuis plusieurs mois une recrudescence des viols sur enfants en bas âge. « Les bébés sont volés dans les maisons, violés et puis jetés dans les champs », déplore Véronique De Keyser, qui a assisté à l’opération d’une de ces petites victimes. « Il faut que cela s’arrête avant qu’on arrête Mukwege ».

Dans l’indifférence européenne ?

Nos dirigeants, qui s’étaient empressés de féliciter sans danger Denis Mukwege pour le prix Sakharov, n’ont pas encore pris la peine de réagir officiellement. Tout au plus, l’ex-ministre de la Coopération au développement et actuel secrétaire-général de Solidaris, Jean-Pascal Labille, s’est fendu d’un « modeste billet ».
Il le reconnaît, les mots lui manquent pour condamner cette « menace constante de représailles » à l’encontre du médecin chef de Panzi. « Même à des milliers de kilomètres de nous, c’est là une situation qui nous concerne tous et face à laquelle nous ne pouvons rester indifférents. La Communauté internationale, singulièrement l’Europe, ne peut rester les bras ballants face à pareille situation ».
Par voie de communiqué conjoint, la chef de la diplomatie européenne, le commissaire pour la Coopération internationale et le développement et celui de l'Aide humanitaire et de la gestion des crises ont tenu à réaffirmer le « soutien inconditionnel de l'Union européenne à l'hôpital Panzi et le secours porté par le Dr Mukwege aux femmes et enfants de violences sexuelles ».
Les représentants de la Commission ont poliment exhorté les autorités congolaises « d'assumer leur entière responsabilité, de garantir la sécurité du Dr Mukwege et la continuité des soins à l'hôpital Panzi ».
En attribuant le prix Sakharov 2014 au gynécologue de Bukavu, l'Europe a augmenté sa visibilité et par là sa vulnérabilité. « À présent, le Parlement européen doit se montrer à la hauteur de son engagement envers son lauréat et maintenir la pression pour assurer la sécurité du Dr Mukwege (...) Si les autorités congolaises continuent à ne pas enquêter sur ces crimes révoltants et à ne pas les poursuivre, l’UE et la communauté internationale doivent demander d’urgence une enquête internationale indépendante », a déclaré l'eurodéputée socialiste-démocrate Elena Valenciano.
 

Le viol, arme de destruction massive

L’action du Dr Mukwege dérange parce qu’il remet en question la société congolaise, dont il dénonce l’aveugle complicité, et le régime en place, accusant Kinshasa de laxisme meurtrier. Avec les prix internationaux qu’il a reçu, le gynécologue de Bukavu a accédé à d’importantes tribunes pour marteler un message qui n’émeut pas assez la communauté internationale: les violences sexuelles infligées aux femmes de RDC produisent les mêmes effet qu’une guerre « classique », détruisant les individus, sur le plan physique et psychologie, leur tissu social, ces victimes étant rejetées par la communauté et l’insécurité crée des exodes ruraux, et les générations suivantes, par les grossesses post-viol, les contaminations ou l'infécondité (lire l’entretien avec Denis Mukwege dans le Jdm n°2386).

Esther Ko
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